La faillite de nos institutions ( haïtiennes: parlement, sénat-député, justice tribunaux, gouvernement premier ministre) par Frantz Duval, journal le Nouvelliste Haïti.


Cette semaine de janvier a été rude pour nos institutions. Si chaque individu qui y œuvre pense bien faire, le bilan est globalement négatif.

Prenons la justice. Cette semaine, le parquet et l’unité de lutte contre la corruption ont continué à se donner en spectacle. Cela n’a pas empêché aux responsables de faire portes ouvertes pour accueillir le ministre de la Justice et le président de la République. 

Si on est tenté de croire que cette belle famille oeuvre ensemble, on continue d’attendre les résultats concrets du compagnonnage entre les pouvoirs et les juges. 

La justice est en panne, malade, en dessous des attentes.  

Prenons le Parlement. On peut, chacun selon ses goûts, trouver un député ou un sénateur qui a fait œuvre qui vaille, a tenu un discours cohérent, ou défendu des principes universellement admis, dans la dernière législature. Mais les deux Chambres ont un bilan que l’on peut qualifier gentiment de mince et léger ou, sans prendre de gants, de calamiteux et de honteux.

Nos élus avaient tout. La légitimité, le temps, les moyens matériels et une immense demande de textes de lois et de contrôle. Ils n’en ont rien fait. Ni pour le pays, ni pour leur département, encore moins pour leur circonscription.

Chaque parlementaire a pour bilan de petits bouts d’actions par-ci par-là, mais rien de cohérent et de général. La 50e n’a pas réussi le puzzle, ce sans être en opposition au président de la République.

Prenons le Conseil électoral provisoire. Dans sa composition actuelle, cette dernière est l’une des plus permanentes de l’histoire de l’institution car elle n’a pas été dissoute après la proclamation des résultats des élections que l’équipe en place avait réalisées. Le président Jovenel Moïse les a laissés en paix, à leur poste.

Et pourtant, quand était venu le temps d’organiser les dernières élections, le CEP s’est tu. Il n’a pas mené campagne pour pouvoir remplir sa mission. Quand il devait dire un mot dans l’affaire de la nouvelle carte d’identification, le CEP s’est tu. Alors que cette carte est le cœur des élections. Quand l’Institut haïtien de statistiques et d’informatique est devenu non fonctionnel, le CEP s’est tu.

Alors que cette institution est au centre de la logique de la population des voix dont on établit le décompte. Quand il a été question de savoir quels sont les sénateurs dont le mandat est arrivé à terme, le CEP s’est tu. On ne sait même pas si l’institution se prononcera sur le fond ou sur la forme de la sa0isine introduite par des sénateurs. On ne sait pas aujourd’hui si la 51e législature a commencé ou si elle attendra la tenue des élections et les prestations de serment. Nous sommes déjà dans le prochain imbroglio. 

L’institution électorale a toujours eu de la peine à harmoniser le temps politique, le temps constitutionnel et le temps électoral. Rien n’a changé d’année en année. Comme pour le Parlement, on peut dire que le CEP pourrait avoir un meilleur bilan.

Bien entendu, les institutions détentrices des pouvoirs judiciaires, législatifs et électoraux ne sont pas les seules qui clopinent, trébuchent et échouent à mener à bon port les attentes de la population. Toutes nos institutions évoluent dans un environnement où nous assistons à une défaillance multiviscérale, comme on dit en médecine.

Il y aura, ici et là, des rémissions, des sursauts ; on peut même assister à des guérisons miraculeuses. Personne ne doit se tromper sur la gravité du cas ni penser qu’il pourra à lui seul, avec un unique remède, trouver la clé de toutes les portes.

Chaque pouvoir, chaque institution doit être repensée. Être reconsidérée dans sa mission, ses attributions et son fonctionnement.

Se relever d’une faillite n’est pas impossible. Cela commence par un bilan honnête de la situation.

Par Frantz Duval, journal le Nouvelliste Haïti.

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