La guerre du citoyen contre l’État: Harry James Fils LOISEAU


Nous vivons quotidiennement une guerre à l’intérieur du pays. Une guerre aussi subtile que cruelle dans laquelle tous les coups sont permis. Une guerre qui se lit non seulement dans le discours ordinaire de l’Haïtien, mais aussi derrière chaque jet de pierres d’un citoyen mécontent. Ce conflit féroce n’est autre que celui de l’État et du citoyen.

Les théoriciens du contrat social nous présentent la société comme le fruit d’un contrat synallagmatique entre l’État et les citoyens. Un contrat qui contraint la liberté de l’individu en lui dictant ce qu’il doit et ce qu’il peut faire, mais aussi, un contrat qui lui offre des garanties. Garanties qui forment les droits du citoyen. Qu’en est-il de ces droits chez nous ? Droits qui constituent des prérogatives constitutionnelles du citoyen haïtien.

Dans un pays ou environ 77 % de la population vivent dans la pauvreté, l’Haïtien subit quotidiennement la violation de ses droits. Il est tout à fait probable en Haïti de passer toute sa vie au chômage. Nombre d’Haïtiens peinent à trouver les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école alors que le droit à l’éducation est garanti. Regardons la situation des services publics en Haïti.

Prenons par exemple les services de santé, la Constitution stipule que l’État a l’impérieuse obligation de garantir le droit à la santé. Mais qu’en estil des faits ? Il est clair que la majeure partie de la population ne peut se payer les services d’un hôpital privé et le fonctionnement des hôpitaux publics quant à eux est sans cesse déstabilisé par des crises et des grèves.

En ce qui concerne les droits civils et politiques, les scandales de fraudes électorales disent déjà tout. S’il faillait discuter de la violation des droits fondamentaux en Haïti il faudrait à coup sûr un livre de plusieurs tomes. En définitive les droits du citoyen haïtien n’existent que sur du papier.

Face à de telles conditions de vie, il est normal dans un premier temps qu’on accuse les gouvernants, qu’on leur reproche de ne pas avoir pris les bonnes décisions et même de ne pas agir dans l’intérêt général. Mais, lorsque l’insatisfaction persiste et devient chronique comme dans notre cas, elle se désindividualise et retombe sur les institutions. C’est ainsi que chez nous, l’État est devenu « persona non grata ».

 En Haïti on entend tous les jours parler de l’État comme étant la bête noire, le grand responsable de tous nos malheurs. Mais, a-t-on déjà vu l’État ? Tous ces discours hostiles envers cette fiction juridique qu’est l’État ne s’arrêtent pas là. Le citoyen cherche à se venger. Il est clair que si l’on pouvait croiser l’État déambulant dans les rues il serait aussitôt agressé, volé, lapidé et brulé. Mais, faute de pouvoir croiser la personne à abattre, on s’attaque à tout ce qui le représente et porte ses marques.

Ainsi, dans cette guerre civile du citoyen contre l’État il y a ceux qui attendent le moindre incident pour saisir l’occasion de bruler quelques véhicules de fonction ou encore lapider les bâtiments publics. Il y en a qui achètent des postes politiques (stratégie d’infiltration) dans le but d’aller piller l’ennemi. Les entreprises publiques deviennent la proie des citoyens (EDH, DINEPA …). Il y en a qui cogitent leur stratégie de fraude fiscale pour ne citer que ça. Tout ce qu’on fait à l’État est justifié.

Si la guerre justifie l’attaque, l’attaque quant à elle entraînera inévitablement la contre-attaque. Par conséquent, on a pu constater une augmentation des organismes de contrôle qui semble avoir pour but de pallier l’inefficacité de ceux qui les précèdent. Toutefois, il y a toujours le risque que ces organismes soient infiltrés par l’adversaire. Attaquer les réserves d’armes et de munitions de l’ennemi a toujours été une bonne stratégie de guerre. Ainsi, on peut l’empêcher de contre-attaquer et avoir raison de lui.

 Qui sera le gagnant ? Ou encore peut-il y avoir un gagnant ? Si l’homme a créé l’État, on peut aussi dire que c’est l’État lui-même qui a créé le citoyen, car c’est lui qui confère à l’homme son statut de citoyen. Il ne peut exister de citoyens sans État ni d’État sans citoyens.

Cette guerre n’a ni sens ni finalité. L’objectif ne peut être de gagner une telle guerre, mais plutôt de gagner la paix. Il faut repenser le rapport du citoyen haïtien et de l’État en Haïti. Il nous faut un nouveau contrat social. Un pacte État-citoyen suffisamment satisfaisant pour permettre à la nation de s’affirmer en tant que principe spirituel de l’État. Dans notre situation actuelle un cesser le feu s’impose et elle doit commencer dans l’esprit du citoyen.

Harry James Fils LOISEAU

Fonctionnaire stagiaire à

l’ENAF

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