Les leçons de l’arrestation de Guy Philippe: intérêts, principes, discipline, naïveté, succès


Le philosophe éveilléHabituellement, lorsque je développe une idée, tout comme lorsque je prends position dans une affaire, je me laisse assez de place pour pouvoir tirer ou faire ressortir quelques grandes leçons à retenir. Ce, afin de permettre aux étudiants, au professeurs et aux chercheurs de pouvoir les enseigner et ou les apprendre dans le cadre de certains cours à l’école et à l’université.

De plus, cette manière de faire vise à rendre mes écrits et surtout notre histoire de peuple actuelle et vivante pour l’ensemble de notre élite actuelle et de demain. C’est ce que je crois que chacun devait pouvoir faire lorsqu’il écrit ou publie une analyse ou un texte quelconque. C’est-à-dire, permettre aux jeunes de débattre de nos idées et de nos opinions. Malheureusement, nos intellectuels ne pratiquent pas ce genre de transfert afin que la prochaine génération ne soit pas isolée de leur propre temps, leur propre époque.

Cela étant dit, permettez moi de dire que l’arrestation de Guy Philippe, ancien des rebelles qui avaient renversé en 2004 le président Jean-Bertrand Aristide à partir de l’insurrection d’un groupe de militaires et de policiers et, qui vient également d’être élu Sénateur d’Haïti et représentant du département géographique la Grande-Anse l’affaire est en quelque sorte une répétition de notre histoire de peuple tans par la manière de cette arrestation que les violations du droit haïtien et des accords internationaux.

Voilà pourquoi, je peux sans un seul doute affirmer que cette arrestation, disons que cette Affaire Guy Philippe, nous révèle plusieurs caractéristiques de l’homme politique et du politicien haïtien mais surtout, elle nous révèle comment, et depuis toujours, les puissances étrangères et plus particulièrement les puissances colonisatrices et esclavagistes veulent toujours nous ravir notre coin de terre que «nous avions payé de nos sangs, de nos sueurs, de toutes les humiliations et de souffrance pour répéter Maurice Sixto».

En ce qui concerne le politicien haïtien, il s’agit d’un ensemble de caractéristiques qui expliquent également l’état du sous développement dans lequel le pays végète depuis plusieurs dizaine d’années déjà. En ce qui concerne les puissances étrangères, c’est le mépris de nos lois, de nos accords internationaux et de notre souveraineté que certains haïtiens comme Conzé et Jocelerme Privert admettent que les étrangers viennent faire chez nous.

Pourtant, notre histoire, si riche d’événements et de faits, devait pouvoir permettre à ces politiciens, certainement déjà vendus, d’éviter ce genre de trahison. Que voulez vous… ils ne lisent et ils ne connaissent pas leur histoire. Ce sont des politiciens qui veulent le pouvoir à tout prix, quitte à vendre leurs parents. Il leur suffit d’avoir la bénédiction d’un imbécile d’une puissance ou d’un pays étranger pour livrer leur pays.

Se souviennent ils de François Mackandal, l’un des nos premiers chefs et précurseurs de notre liberté qui avait été condamné «il est condamné à mort par un arrêt du 20 janvier 1758 et livré le jour-même au bûcher». Les colons français l’ont exposé après l’avoir donc brûlé vif sur la place publique afin de nous faire peur et d’accepter notre état d’être esclave.  Il était de même pour le sort que les colons avaient réservé à Dutty Boukman, notre principal chef rassembleur, après avoir coupé sa tête «on expose sa tête au Cap Haïtien», dans le Nord de Haïti.

Les conditions de l’arrestation de Guy Philippe, d’un citoyen haïtien déjà élu sénateur du pays puis kidnappé, son embarquement dans un avion qui l’attendait à l’aéroport, avec des militaires américains qui profitent pour faire des autoportraits «selfies», en l’obligeant de se retourner pour la petite photo qui sera immédiatement publiée sur Facebook, doivent nous rappeler les arrestations de Fourel Célestin ancien président du Sénat de Haïti. Mais surtout, elle doit nous faire penser en nous rappelant outrageusement la manière que les français avaient kidnappé Toussaint Louverture:« Arrêté et emmené en France, Toussaint Louverture finira ses jours en 1803, incarcéré en isolement au fort de Joux, dans le rude climat du Doubs »

Quelles sont les leçons que nos dirigeants ont pu tirer de ces humiliations, la déportation de Toussaint Louverture, celle de Fourel Célestin ancien président de l’assemblée nationale du pays, celle de Guy Philippe actuellement?

Qu’est-ce qu’ils ont pu comprendre de l’assassinat de Charlemagne Péralte, sa crucifixion et son exposition pendant plusieurs jours durant la lutte et la résistance contre l’occupation américaine d’Haïti entre 1915 et 1934?

Tout le gouvernement de Jocelerme Privert et de Enex Charles incluant tous les ministres de ce gouvernement qui n’ont, même pas pour l’honneur, essayer de remettre leur démission en protestation ou en désaccord avec le choix du principal responsable de cette gifle contre toutes nos valeurs.

Un jour, l’histoire leur rappellera leur non décision historique qu’ils n’ont pas été capables de prendre au moment où tout le pays attendait qu’ils fassent preuve de nationalisme et de courage. Malheureusement pour ces opportunistes qui ont peur d’avoir un dossier à l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince l’histoire les a déjà condamné, la seule chose qui semble compter pour eux c’est leur carrière de chiens à colliers pour répéter Jean de la Fontaine.

Parmi ces caractéristiques, je peux noter à titre d’exemple, manque ou absence de nationalisme, manque ou absence de conviction, manque ou absence de principe, absence de vision et de perspective face à des problèmes, manque ou absence d’intérêts pour le pays.

D’un côté, il y a le rôle et l’importance que les intérêts du pays n’ont pas toujours dans les programmes, dans les projets et dans les agendas de ces politiciens haïtiens. Ce sont des politiciens qui font de la politique pour eux-mêmes et surtout pour leurs poches et le pays n’a aucune importance pour eux même lorsqu’ils constatent que ce sont des étrangers qui profitent de toutes nos richesses.

D’un autre côté, il y a l’absence de principes, de conviction que ces derniers n’arrivent pas à se donner pour affirmer notre dignité de peuple mais surtout, notre grande fierté d’être la première nation d’hommes et de femmes noirs, qui avaient été arrachés par la force et par la violence à leurs terres d’Afrique puis, réduis en esclavage mais, qui ont su lever la tête pour mettre fin au pire système d’exploitation par le seul pouvoir de leur volonté.

Nos ancêtre ne savaient ni lire ni écrire lorsqu’ils avaient été kidnappés puis réduis en esclavage. Ils n’avaient rien lorsqu’ils avaient été arrachés à leurs terres en Afrique, c’est avec leurs seules intelligences, leurs seules croyances en leur Dieu Unique, leurs sacrifices personnelles et collectives, qu’ils nous ont créé et légué un pays, Notre Haïti, la République des Indigènes d’Ayiti.

Alors, nous qui sommes allés à l’école, à l’université qui nous prétendons être savants, nous devons faire mieux et plus comme héritage à nos enfants. Nous devons protéger leurs libertés, nous devons sécuriser la souveraineté de leurs pays et garantir leur bonheur.

Voilà notre tâche et la seule à être la plus noble.

«Béni soit l’Eternel, mon rocher, qui dispose mes mains au combat, et mes doigts à la bataille»

à suivre…

Hermann Cebert

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