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Le Pays avant le Pouvoir en Haïti : PEYI ANVAN POUVWA !


Publié le lundi 2 décembre 2013

Peyi anvan Pouvwa ! Ce vieux slogan est du KID. Mais, on comprend bien qu’il ne saurait lui appartenir absolument s’il est question de pays, véritablement. Les luttes politiques ont toutefois prouvé qu’il demeure un slogan sonore, fort attrayant, mais qui tarde désespérément à dépasser le stade des vœux pieux.

La controverse autour de la manifestation du 29 novembre y fait penser : Bataille stupide de leadership au sein de Lavalas. Guerre de bas étage entre Lavalas et l’opposition regroupée au sein du MOPOD. Pourtant, au moment où Lavalas n’était plus fréquentable (pour reprendre le mot de Daniel Supplice), ce secteur politique avait bien besoin de la couverture du MOPOD pour revenir au devant de la scène. Le temps de cette nécessité a-t-il déjà fait long feu ? Lavalas peut-il reprendre la route, yon sèl nou fèb, ansanm nou fò, ansanm ansanm nou se Lavalas ? Comme au bon vieux temps ! On a encore raison d’en douter…

La situation parait toujours préoccupante au sein de Lavalas où, malgré la prépondérance encore agissante et visible du leader Jean-Bertrand Aristide, on a pu apercevoir des fissures géantes dans l’édifice. Et cela ne date pas d’aujourdhui ! Certains ont clairement dit qu’ils en avaient marre d’être des ouvriers politiques. D’autres ont questionné ouvertement la situation réelle du chef par rapport à l’étranger, particulièrement par rapport à l’Oncle Sam. Finalement, pour masquer la déchirure (et là, c’est un travers très lavalassien) les uns et les autres en sont tout de même venus à s’en prendre aux dirigeants du MOPOD, comme s’ils étaient à l’origine de la controverse sur le point d’aboutissement de la manifestation. Pour cela, ces derniers ont écopé des qualificatifs les plus malodorants : politisyen rat do kale, restavèk enperyalis, ti moun blan, ti kriye pou viza.

Le problème est donc profond au sein de cette opposition « lavalasso-mopodique » par rapport à laquelle la population étai déjà très réticente, pour ne pas dire méfiante. Certes, par les manifestations du 7 et du 18 novembre, elle avait commencé à se faire craindre. Mais le 29 novembre, constitue un carrefour. Les uns et les autres, au sein de Lavalas, au sein du MOPOD, entre Lavalas et MOPOD, les uns et les autres doivent se poser des questions. Des problèmes doivent être résolus.

Au nombre de ces questions qu’aucun des protagonistes n’osera poser publiquement, mais que nous n’avons pas, nous autres, l’obligation de taire, n’étant d’aucun parti (nou gen lalwa dyòl nou, comme on dit ici, fièrement) :

Faut-il que Lavalas et MOPOD sortent de l’informel et définissent clairement, publiquement le champ de leur collaboration ?

Faut-il que Jean-Bertrand Aristide reconquiert le leadership absolu au sein de Lavalas ?

Faut-il que tous les secteurs de Lavalas se soumettent à son choix d’un leader en la personne de Mme Maryse Narcisse (on l’a vue, déambulant « présidentiellement » le 29 novembre, on l’a bien vue ?

Faut-il, au contraire, que la démocratie s’instaure au sein de Lavalas, et que le leader historique accepte de soumettre ses propositions à l’assemblée des membres pour ratification éventuelle ?

Du côté du MOPOD : une stratégie d’autonomie par rapport à Lavalas est-elle envisagée, sans pour autant exclure la collaboration ?

N’y a-t-il pas lieu que le MOPOD s’ouvre sur d’autres secteurs de l’opposition et de la société civile et tente de rejoindre à présent les partis sociaux démocrates qui s’étaient montrés jusqu’ici réticents par rapport à sa collusion apparemment sans nuances, sans condition, avec Lavalas (en dépit du coup de Sauveur, celui des 50 millions…) ? Quelles seraient aussi les conditions de l’éventuel rapprochement du MOPOD avec les secteurs plus à gauche constitués par les Kontrapèpla, ACAO, Kan Pèp, MAS et autres ?

Peyi anvan pouvwa ! Les victimes du 29 novembre, tous les martyrs des luttes pour la liberté ont été passés en dérision vendredi dernier par ceux qui prétendent vouloir détrôner l’inqualifiable.

Ce n’est pas ainsi qu’ils y parviendront. Martelly, la MINUSTAH et Tonton Sam doivent bien s’en réjouir.

Il y a vraiment beaucoup à faire pour qu’une opposition puisse convaincre de sa capacité à offrir une alternative viable et durable à ce qui se pratique actuellement, tant au pouvoir qu’en face.

Définitivement, le chemin sera plus long qu’on ne se l’imagine. Il faudra donc du temps et faire bonne provision de conviction, de désintéressement, d’engagement pour parvenir vraiment à construire les lendemains qui chantent ! Peyi anvan pouvwa, cesserait alors d’être rien qu’un slogan.

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About Hermann H Cebert (994 Articles)
I am a citizen without Borders with simple and sincere ideas. Poet and philosopher for my hours of madness. I am old several centuries and I think that by ideas and thoughts the world can improve. I wait for nothing of anybody but I continue doing any good all around me. Force is a straw which the wind of intelligence takes in its please. My only wealth it is my intelligence which is superior to the average of people. I search neither glory nor honour and I am what I follow, me. There was only the only philosopher who is meconnu by more of one: it is always you.
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