Les pieds dans le plat: L’homme d’État


 

 
 
 

On ne se décrète pas homme d’État. L’histoire vous donne la stature d’homme d’État. Un homme d’État comprend à un certain moment donné la problématique profonde de sa société. Un homme d’État n’a aucune honte à reconnaître que sa société a pris un mauvais chemin, qu’elle est en pleine déliquescence ou menacée de disparition. Un homme d’État veut son pays dans le concert des nations.

 

Quand il découvre que son peuple patauge alors que les autres sont de plain-pied dans la modernité, il rue dans les brancards. Il ne peut supporter d’être en situation d’impuissance ou d’infériorité par rapport à ses voisins. Un homme d’État veut toujours changer le présent en le libérant des boulets du passé. Il retient du passé ce qui peut servir à dégager des énergies bénéfiques. Un homme d’État donne plus d’importance au futur qu’au présent. Parce qu’il comprend que le pays appartient surtout aux générations à venir. Il veut avoir le respect et la reconnaissance des enfants de demain.

 

Un homme d’État veut de la matière grise de bonne qualité, des citoyens en bonne forme physique et surtout un environnement sain sans lequel il ne saurait avoir de nation. L’éducation, la santé et la défense de l’environnement sont pour lui des questions de sécurité nationale. Un homme d’État n’a besoin de l’étranger que s’il peut s’en servir dans l’intérêt de sa patrie. Mais il sait que l’étranger n’a pas d’amis, seulement des intérêts.

 

Un homme d’État ne peut pas accepter que des millions soient flambés en trois jours pour que des centaines de milliers de gens dansent et forniquent dans les rues quand ces mêmes millions peuvent servir à des choses essentielles comme pour mieux payer des professeurs ou doter l’université publique de matériel adéquat. Un homme d’État n’est pas obnubilé par des manoeuvres souterraines, kokoratiques dans le seul but de rouler ses adversaires pour que son clan et sa famille gardent le pouvoir.

 

Comme quoi, malheureusement chez nous, nous n’avons pas d’hommes d’État, mais de pitoyables politiciens, des animaux politiques, des gens qui ne pensent qu’à leur ventre et leur bas ventre, et dont l’horizon ne dépasse pas la pointe de leur nez ou de leur queue. Comme ils sont dans l’incapacité de voir l’état lamentable de leur pays, son avenir inexistant sur les rails où on le conduit, ils se complaisent dans d’idiotes querelles, dans des manigances lamentables, avec une intelligence souterraine qui leste de plomb toutes les activités de la nation.

 

Cette lie aux commandes, comme dans le temps dans les républiques bananières ou dans les satrapies africaines, a toujours l’appui de l’étranger dont on se demande bien à quoi sert son occupation militaire sinon justement à nous maintenir dans un état permanent présomalien.

 

Nous, Haïtiens, nous devrions constamment nous souvenir que les officines étrangères, avec la diplomatie américaine en tête, nous avaient choisi François Duvalier en 1957 après un massacre au Bel-Air. Pourtant, les autres candidats étaient tous pro-occidentaux, anticommunistes et certainement prêts à obéir aux diktats américains.

 

Ce fut le plus nul et son groupe de gangsters qui furent désignés. Depuis lors, je dirais même bien avant, le schéma n’a pas changé. Pour conclure que ce ne sera pas l’étranger qui nous sortira de la boue. Sauf qu’il y a trop de nationaux qui brassent cette boue pour en faire de l’or.

Mais si on comprend que, lorsque le bateau coulera, ces étrangers et ces brasseurs de boue auront les moyens de prendre la poudre d’escampette pour nous laisser seuls dans la merde, nous pouvons trouver l’énergie pour éviter le naufrage et l’enfer prévu pour notre progéniture.

Gary Victor

 
Le Nouvelliste | Publi le :30 août 2013
 


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