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Haïti-Reconstruction : Un véritable « business militaro-humanitaire » (Texte/Audio)


Par Gotson Pierre

P-au-P., 6 avr. 2013 [AlterPresse] — Le cinéaste haïtien, Raoul Peck, présente l’assistance internationale à Haïti suite au terrible séisme du 12 janvier 2010 comme un « business militaro-humanitaire ».

Il s’agit là d’un « mélange de genres mortel », déclare-t-il lors de la projection cette semaine à Port-au-Prince de son film « Assistance mortelle ».

A travers ce film, le cinéaste expose l’échec de l’assistance de la communauté internationale à Haïti après le tremblement de terre ayant causé la mort de 300 mille personnes, autant de blessés et plus de 1,5 million de sans-abris.

L’aide apportée au pays meurtri a « crée des problèmes dont on aura de plus en plus de mal à nous en sortir », explique Peck dans une interview accordée à AlterPresse.

Elle amène des solutions rapides à des difficultés immédiates, mais elle casse tout le circuit économique local, poursuit-il.

Alors que les marchandes étaient au bord des routes quelques jours après le sinistre, des tonnes de marchandises étaient déversées sur Port-au-Prince, dont l’occupation militaire était renforcée.

Les États-Unis avaient tout de suite déployé 10.000 marines sur le territoire haïtien et le Canada 2000 membres des Forces canadiennes (FC – Armée de terre, Marine et Force aérienne).

Assistance mortelle aussi, dans la mesure où elle affaiblit l’État, ajoute le cinéaste. « Nous avons un ensemble d’intervenants, qui, de la puissance de leur argent, de la puissance de leur armée, prennent beaucoup de place dans les décisions qui, en fait, ne devraient concerner que l’Etat légitime, ses élus et ceux qui sont désignés à diriger le pays ».

Ainsi, au lendemain de la catastrophe, la machine de l’aide internationale a pris le pas sur les institutions haïtiennes, coupant court à l’ensemble de leurs activités initiales, selon le propos du film.

On voit le président René Préval décrivant les relations entre Haïti, en tant qu’ « Etat faible », et la communauté internationale. Son premier ministre, Jean Max Bellerive, prenant la mesure de l’ « ingérence ».

Un peu l’envers du décor, où le président confirme les rumeurs qui circulaient à l’époque : en novembre 2010, le chef de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haïti (MINUSTAH), Edmond Mulet, a bien voulu l’embarquer dans un avion pour lui faire laisser le pays.

Et Préval de réclamer « des menottes », pour que tout le monde puisse constater le « kidnapping ».

Au cœur du film, la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), grosse machine codirigée par l’ancien président américain William Clinton et le premier ministre Bellerive.

Elle aurait pu être « un instrument formidable », note Peck. Mais, « dès le départ, on n’a pas joué le jeu de la transparence, le jeu du renforcement des institutions haïtiennes », déplore le cinéaste, qui rappelle que beaucoup de décisions étaient prises à l’insu des ministères, alors que les experts étaient englués dans « ce magma politico-humanitaire ».

Les pays donateurs avaient promis près de 10 milliards de dollars américains (US $ 1.00 = 44.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes). Le montant versé pour des programmes d’assistance est de $6,43 milliards, dont la majeure partie n’est pas restée dans le pays.

Le film ne vise pourtant pas à dédouaner les dirigeants politiques haïtiens, précise l’auteur d’Assistance Mortelle. Par exemple, dit-il, « le parlement devait être plus présent dans ce débat ».

Il souhaite que son film contribue à relancer la discussion sur la reconstruction d’Haiti, en aidant à stopper peut-être « ce discours envahissant », selon lequel chaque fois qu’on aborde la question critique du travail des organismes internationaux dans le pays, « on vous met tout de suite devant la figure la corruption des dirigeants haïtiens ».

Peck réclame un échange à voix égales sans pré-condition. « Si vous voulez parler de corruption, parlons-en des deux cotés ! ».

Quant aux Haïtiennes et Haïtiens, il les invite à cesser « l’auto-flagellation permanente » et à être les premiers à prendre à bras le corps leurs propres problèmes. [gp 06/04/2013 10 :40]

Écouter l’intégralité de l’interview avec Raoul Peck

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About Hermann H Cebert (994 Articles)
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