À quand le procès de Brant


Valéry Daudier vdaudier@lenouvelliste.com

Clifford Brandt Jr a été auditionné, le jeudi 8 novembre, par le juge instructeur Gabrielle P. Domingue. C’est la première comparution au cabinet d’instruction du présumé kidnappeur, arrêté le 22 octobre 2012 pour son implication dans l’enlèvement de deux membres de la famille Moscoso.
Aucun prévenu n'a jamais été bien escorté que Clifford Brandt Junior. Difficile de le prendre en photo en face

13h. Au cabinet d’instruction. Cinq agents de l’Administration pénitentiaire nationale (APENA), dont l’un porte une cagoule, montent la garde devant la porte d’entrée du cabinet du juge instructeur Gabrielle P. Domingue. D’autres agents ainsi que des membres du Corps d’intervention et de maintien de l’ordre (CIMO) défilent dans le couloir et dans la cour de l’institution. Ils sont tous là pour assurer la sécurité d’un détenu.

13h 30. Ils sont seulement cinq journalistes en attente. Ils sont très peu nombreux les médias qui sont au courant de la première comparution devant le cabinet d’instruction du présumé kidnappeur le plus médiatisé dans le pays.

15h déjà. L’audition se poursuit. Des employés de l’institution s’apprêtent à rentrer chez eux. D’autres, l’air curieux, se baladent dans les locaux qui abritaient l’ancien bureau de l’USAID au Bicentenaire dans le temps, en espérant voir le célèbre prévenu à sa sortie. Entre-temps, journalistes et policiers discutent dans une ambiance conviviale. Les minutes s’égrènent, l’impatience se fait sentir.

15h 45. Un agent de l’APENA s’apprête à pénétrer dans le bureau du juge instructeur. Brusquement, les autres agents forment un grand bouclier humain devant la porte d’entrée. A la vitesse de la lumière, Clifford Brandt Jr sort fortement escorté et est conduit dans une autre salle réservée aux détenus. Les journalistes sont tenus à l’écart.

Une minute plus tard, un cortège de véhicules de l’APENA arrive. Qu’ils soient magistrats, avocats, justiciables, agents de sécurité ou autres, ils souhaitent tous voir en face le prévenu qui suscite tant de débats dans l’opinion publique depuis son arrestation.

Les agents de l’APENA font toute une mise en scène pour que personne – pas même les journalistes d’images qui attendaient depuis trois heures – ne voie le détenu qui a été transporté à bord d’un véhicule de l’administration pénitentiaire immatriculé « Police 1-428 » pour regagner sa cellule à la prison flambant neuve de Croix-des-Bouquets.  Clifford Brandt Jr n’aura pas été photographié. Bref, la presse aura attendu en vain.

Déçus, certains curieux, employés de l’appareil judiciaire, se demandent pourquoi les agents de l’APENA jouent-ils cette comédie, rien que pour reconduire un détenu dans sa cellule. Ces employés ont pris en exemple d’autres détenus, dont d’anciens directeurs généraux de grandes institutions publiques, qui ont été auditionnés puis reconduits dans leur cellule sans cette ridicule mise en scène planifiée juste pour créer l’événement.

De son côté, le magistrat instructeur, Gabrielle P. Domingue, n’a pipé mot à la presse après l’audition. L’avocat Jean-Patrick Vandal qui a assisté Clifford Brandt n’a voulu faire non plus aucune déclaration. « Je ne sais rien, je vais écouter les nouvelles à la radio », a ironisé l’avocat, fils de Me Jean Vandal, avant d’ajouter : « Je ne peux rien vous dire. Au cours d’une audition, c’est l’enquête qui se poursuit. »

Clifford Brandt Jr a été arrêté le 22 octobre 2012 pour son implication présumée dans l’enlèvement sur la route de Bourdon, le 16 du même mois, de deux enfants de Robert Moscoso, un autre membre de l’élite économique du pays. 2,5 millions de dollars auraient été exigés pour la libération des otages. Ces derniers allaient être libérés grâce à des informations fournies à la police par Clifford Brandt Jr au lendemain de son arrestation.

Selon les autorités policières, le riche homme d’affaires serait le numéro un d’un grand réseau de kidnappeurs dont de simples agents et de hauts gradés de la police nationale feraient partie. Dans le cadre de ce dossier, une perquisition a permis de découvrir des armes de guerre, d’importantes quantités de minutions, à Delmas 75 chez Edner Copé, un ex-inspecteur de la police activement recherché.

Pas moins d’une quinzaine de personnes, selon les autorités, ont déjà trouvé leur arrestation. Des véhicules ont été saisis, les autorités judiciaires ont apposé les scellés sur des maisons dans le cadre de cette enquête. Des policiers, dont le chef de  sécurité attachée à la présidence, Marc-Arthur Phébé, sont sous enquête. La Direction  centrale de la police judiciaire (DCPJ) n’est pas seule à enquêter. Elle a le renfort des enquêteurs américains du Bureau fédéral d’investigation (FBI).

Valéry Daudier vdaudier@lenouvelliste.com
 

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.